Pendant des décennies, les crash‑tests automobiles ont été conçus autour d’un modèle unique : l’homme de référence. Aujourd’hui, cette norme exclusive est enfin remise en cause. Le THOR‑05F, premier mannequin de crash test reproduisant fidèlement l’anatomie féminine, ouvre une nouvelle ère pour la sécurité routière — et pour la reconnaissance d’un droit fondamental : être protégé au volant, quel que soit son sexe.

Pourquoi un mannequin « femme » était‑il nécessaire ?

Les études épidémiologiques l’ont montré : les femmes subissent, en moyenne, des blessures différentes et souvent plus graves que les hommes lors d’un même accident. Pourtant, jusqu’à présent, les tests de sécurité ont massivement utilisé des mannequins basés sur des morphologies masculines, avec des conséquences concrètes :

  • équipements (ceintures, airbags, appuie‑têtes) calibrés sur des proportions masculines ;
  • analyses des contraintes corporelles et des trajectoires de choc qui ne reflètent pas la physiologie féminine ;
  • prises de décisions industrielles et réglementaires s’appuyant sur des données non représentatives de la moitié de la population.
  • Le résultat : une vulnérabilité structurelle, parfois négligée, qui pénalise la sécurité des conductrices et des passagères. Le THOR‑05F est une réponse technique et symbolique à ce biais.

    Qu’apporte concrètement le THOR‑05F ?

    Développé par la société Humanetics, le THOR‑05F ne se contente pas d’un simple rééchantillonnage de taille. Il intègre des caractéristiques biomécaniques spécifiques :

  • un bassin plus large et une morphologie pelvienne adaptée ;
  • une colonne vertébrale avec des propriétés d’élasticité différentes ;
  • une distribution des masses molles (graisse, muscles, organes) correspondant à celle d’une femme adulte ;
  • plus de 150 capteurs haute précision pour mesurer forces, accélérations et sollicitations exercées sur organes internes, os, et articulations.
  • Ces instruments permettent de détecter des mécanismes de blessures jusque‑là invisibles pour les mannequins masculins : tassements vertébraux, lésions pelviennes, contraintes particulières sur la poitrine et les organes internes. Autant d’informations essentielles pour concevoir des dispositifs de protection mieux adaptés.

    Conséquences pour la conception des systèmes de sécurité

    Les données issues des tests avec THOR‑05F vont influer sur plusieurs niveaux :

  • Calibrage des ceintures : réglages de tension et points d’ancrage peuvent être revus pour limiter les blessures au thorax et au bassin.
  • Design des airbags : déploiement et forme optimisés pour protéger efficacement des morphologies moins robustes au niveau du buste.
  • Sièges et appuie‑têtes : adaptation des rembourrages et des géométries pour réduire les risques de lésions cervicales spécifiques.
  • Normes règlementaires : intégration de mannequins féminins dans les protocoles d’homologation pourrait enfin devenir la règle.
  • Un progrès pour la « médecine de genre »

    La démarche autour du THOR‑05F s’inscrit dans un mouvement plus large : la prise en compte des différences de genre dans la recherche, la santé et la sécurité. Comme en médecine, où l’inclusion des femmes dans les essais cliniques a révélé des variations de symptômes et d’efficacité thérapeutique, la sécurité automobile gagne à être pensée de façon différenciée. Il ne s’agit pas de privilégier un sexe, mais d’offrir une protection adaptée à tous.

    Quelles limites et quels défis restent à relever ?

    Le développement du mannequin est une avancée, mais il ne garantit pas à lui seul une égalité immédiate dans la sécurité. Plusieurs obstacles subsistent :

  • Diffusion des tests : il faut que les fabricants intègrent systématiquement ces nouveaux mannequins dans leurs procédures de développement et que les autorités de certification en fassent une exigence ;
  • Variabilité corporelle : la « femme » n’est pas une silhouette unique — âge, morphologie, taille et condition physique modifient les risques. Les programmes devront couvrir une gamme représentative ;
  • Coûts et temps : l’adoption généralisée demandera des investissements et une période d’ajustement pour l’industrie automobile.
  • Impact attendu pour les conductrices et les passagères

    À terme, la généralisation de tests intégrant la biomécanique féminine devrait réduire la fréquence et la gravité de certaines blessures chez les femmes. Cela concerne tout particulièrement :

  • les blessures thoraciques et pelviennes liées à une ceinture mal positionnée ;
  • les traumatismes cervicaux liés à l’inadéquation des appuie‑têtes ;
  • les risques d’atteinte des organes internes lors d’impacts frontaux ou latéraux.
  • Pour les familles, cela signifie une sécurité accrue pour toutes lors des trajets quotidiens, des vacances et des situations d’urgence.

    Pourquoi c’est important pour nous, lectrices

    Au‑delà de la dimension technique, l’arrivée du THOR‑05F représente un changement de perspective : reconnaître que les femmes doivent être prises en compte comme sujet central des politiques publiques et des innovations industrielles. C’est là une victoire de la sensibilité sociale et scientifique : penser la sécurité « pour toutes » plutôt que « pour par défaut ». En tant que conductrices, passagères ou mères de famille, il est essentiel de suivre ces évolutions, de réclamer des normes plus inclusives et d’exiger que les tests qui protègent nos enfants reflètent la diversité des corps.

    Que peut‑on attendre maintenant ?

  • Des essais comparatifs plus nombreux entre mannequins masculins et féminins ;
  • Des recommandations techniques aux constructeurs pour adapter dispositifs et réglages ;
  • Une possible intégration des mannequins féminins dans les standards de certification automobile à moyen terme.
  • L’arrivée du THOR‑05F ne clôt pas un débat : elle l’ouvre concrètement. C’est une invitation à repenser les priorités de la sécurité routière et à mettre la donnée genrée au cœur des innovations — pour que la route soit plus sûre pour toutes, aujourd’hui et demain.

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