Cristina Mercuri entre dans l’histoire du vin italien : elle est la première femme italienne à décrocher le titre de Master of Wine, la distinction la plus exigeante et la plus reconnue au monde dans le milieu œnologique. Ce titre, délivré par l’Institute of Masters of Wine à Londres, n’est pas une simple consécration symbolique : il atteste d’une maîtrise technique, sensorielle et commerciale rare. Pour les femmes du secteur — et pour toute une filière italienne souvent perçue comme patrimoniale et masculine — cette réussite marque un tournant.

Qu’est‑ce que le titre de Master of Wine ?

Le Master of Wine (MW) est, pour faire simple, l’un des diplômes les plus difficiles et les plus complets du monde du vin. Il combine des épreuves théoriques approfondies (viticulture, œnologie, commerce international, marketing, droit, etc.), des examens pratiques de dégustation à l’aveugle d’un niveau extrêmement exigeant, ainsi qu’un mémoire final original apportant une contribution significative au secteur. Obtenir ce titre demande des années d’études, une rigueur intellectuelle considérable et une sensibilité sensorielle affinée. C’est l’équivalent — toutes proportions gardées — d’un doctorat appliqué au goût.

Le parcours de Cristina Mercuri : du droit au vin

La trajectoire de Cristina Mercuri est révélatrice d’un choix courageux et réfléchi. Ancienne avocate dans de prestigieux cabinets internationaux, elle raconte avoir quitté une voie professionnelle qui ne lui correspondait pas. Sa reconversion dans le vin n’est pas une histoire de hasard ni de privilège familial : c’est le fruit d’un engagement long et méthodique. Elle a fondé le Mercuri Wine Club, structure dédiée à la formation et à la diffusion des savoirs œnologiques, et s’est imposée comme une pédagogue respectée. Son parcours illustre qu’excellence intellectuelle et sensibilité œnologique peuvent se rejoindre et produire une expertise reconnue.

Pourquoi cette victoire est‑elle importante pour les femmes dans le vin ?

Le monde du vin, surtout dans ses sphères professionnelles et techniques, a longtemps été dominé par des figures masculines, notamment dans les responsabilités techniques (directeurs techniques, maîtres de chai) et commerciales de haut niveau. Le fait qu’une Italienne accède désormais au plus haut niveau d’expertise mondiale a plusieurs effets :

  • Modèle : Cristina devient un exemple concret pour les jeunes femmes qui souhaitent embrasser une carrière technique ou commerciale dans le vin.
  • Visibilité : sa réussite met en lumière la qualité de la formation et du talent féminin en Italie, souvent cantonnée à l’idée du terroir plutôt qu’à celle de l’analyse scientifique et stratégique.
  • Équilibre : c’est une avancée symbolique vers une meilleure représentation des femmes dans les instances dirigeantes, les jurys de dégustation et les postes de décision.
  • Ce que cela change pour l’Italie à l’international

    L’Italie est déjà une puissance viticole mondiale, reconnue pour la diversité des terroirs, la richesse des cépages et la qualité des productions. Mais sur l’arène internationale des certifications et des analyses, le pays a longtemps laissé la main à des centres anglophones. La réussite de Cristina Mercuri renforce la voix italienne dans les débats techniques, les standards de dégustation et l’évaluation critique des vins. Elle participe aussi à la valorisation du savoir‑faire italien dans la formation internationale.

    Une compétence pluridisciplinaire

    Le titre de Master of Wine exige autant des compétences scientifiques que humaines : compréhension des mécanismes de la vigne et de la vinification, mais aussi capacités de communication, d’analyse de marché, et sens aigu de la pédagogie. Cristina, avec sa double expérience juridique et pédagogique, incarne ce profil hybride : rigueur analytique, capacité à argumenter, et talent pour transmettre.

    Impacts concrets pour les professionnelles du secteur

  • Formation : plus d’intérêt pour des parcours structurés et certifiants en oenologie et commerce du vin.
  • Mentorat : la présence d’un modèle féminin encourage le mentorat entre générations, essentiel pour la transmission des compétences techniques.
  • Recrutement : les entreprises chercheront de plus en plus des profils mixtes, combinant expertise technique et savoir‑faire commercial.
  • Les défis qui restent

    Si cette victoire est importante, elle n’efface pas les obstacles persistants : inégalités salariales, plafond de verre pour les postes décisionnels, et représentations stéréotypées des rôles. La filière doit poursuivre ses efforts pour rendre les carrières viticoles attractives et accessibles aux femmes, à tous les niveaux. L’enjeu est aussi culturel : faire évoluer les mentalités au sein des exploitations, des écoles agronomiques et des réseaux professionnels.

    Comment Cristina peut inspirer la prochaine génération

    Au‑delà de son titre, Cristina Mercuri peut jouer un rôle structurant en multipliant les actions de formation, les interventions publiques et les collaborations internationales. Son académie et ses activités pédagogiques sont autant d’occasions de transmettre une vision moderne du métier : technique, créatif, entrepreneurial et inclusive.

    Quelques conseils pour celles qui souhaitent suivre ce chemin

  • Se former sérieusement : combiner études techniques (viticulture, œnologie) et compétences en commerce international.
  • Chercher le terrain : rien ne remplace l’expérience pratique en cave et en vignoble.
  • Construire un réseau : mentorat, clubs professionnels et associations sont essentiels pour progresser.
  • Oser la reconversion : comme Cristina, beaucoup de profils non‑traditionnels apportent une valeur ajoutée au secteur.
  • La réussite de Cristina Mercuri est une excellente nouvelle pour la diversité dans le vin : elle ouvre des possibles, bouleverse des représentations et rappelle que l’excellence n’a ni genre ni origine professionnelle prédéfinie. Pour les femmes qui rêvent d’une carrière dans le vin, son parcours est une preuve tangible que la passion, la méthode et l’audace peuvent conduire loin.

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