« Vestis et Vulnus » : dix survivantes montent sur scène pour raconter la renaissance après le cancer

Au sein du prestigieux Almo Collegio Borromeo de Pavie, dix femmes ayant traversé un cancer ont accepté de se confronter au plateau et à leur histoire. Elles ne sont pas des actrices professionnelles : chacune incarne une « vertu » allégorique — une ressource intérieure qui l’a aidée à franchir le « confine », ce seuil entre le « avant » et le « après » de la maladie. L’initiative, portée par le Centre national d’Adrothérapie oncologique (CNAO), transforme le traumatisme en force commune et donne à voir la résilience au‑delà des clichés.

Un projet artistique né de la guérison

« Vestis et Vulnus » — littéralement « vêtement et blessure » — puise son inspiration dans les fresques baroques du Salone degli Affreschi du Collegio, où Cesare Nebbia célébrait des figures iconiques. Ici, les costumes ne sont pas de simples parures : ils deviennent des prolongements symboliques des vécus. Chaque tenue, pensée par la costumière et metteuse en scène Claudia Augusta Botta, sert d’outil narratif pour traduire une expérience intime en image collective. La scène du 6 mars ne sera pas une exhibition de douleur, mais une cérémonie de transformation.

Des vies, des combats, des vertus

Les protagonistes ont choisi elles‑mêmes la vertu qui fait écho à leur parcours : Perseverantia, Pietas, et d’autres archétypes classiques sont réinterprétés à la lumière d’expériences contemporaines. Noemi, qui a retrouvé la voix après un cancer du palais et dirige à nouveau un chœur, personnifie la force retrouvée ; Anita, qui a développé un dialogue profond avec la nature pendant sa maladie et maintenant cultive un olivier, évoque la persévérance et la reconstruction du lien au vivant. Ces récits concrets donnent chair aux notions abstraites et montrent que la vertu prend des formes bien réelles.

Pourquoi cet exercice scénique est si important

  • Redonner la parole : beaucoup de survivantes gardent pour elles les transformations profondes vécues pendant la maladie ; la scène offre un espace de parole authentique et non médicalisé.
  • Rendre visible la complexité : le cancer n’est pas seulement une succession d’actes médicaux ; il modifie l’identité, les relations, l’avenir. Le théâtre permet d’exprimer ces changements avec sensibilité.
  • Déstigmatiser la blessure : montrer les cicatrices, les fragilités et la reconstruction permet de normaliser les parcours et d’encourager d’autres personnes à partager leur histoire.
  • La place de la psych-oncologie et du soin intégré

    Le CNAO, qui soutient l’événement, rappelle l’importance de l’accompagnement psychologique pendant et après les traitements. La psych‑oncologie n’est pas un supplément facultatif : elle est une composante essentielle de la convalescence, aidant à traiter non seulement la maladie, mais ses répercussions sur l’existence. Mettre en scène ces récits, c’est aussi valoriser les parcours de soin holistiques qui intègrent corps, émotion et social.

    Les costumes comme dispositif thérapeutique

    Dans « Vestis et Vulnus », le vêtement opère comme catalyseur : en enfilant une robe allégorique, la participante se met à distance de l’autobiographie directe pour accéder à une forme symbolique. Ce déplacement facilite l’expression, atténue l’embarras et ouvre des perspectives nouvelles. Les costumes deviennent des outils d’empowerment, permettant de nommer la blessure sans s’y enfermer.

    Des histoires personnelles qui résonnent

    Chaque récit porte une particularité unique : il y a celles qui ont retrouvé une passion (chant, jardinage), celles qui ont repensé leur rapport au corps, celles qui ont traversé des épreuves affectives concomitantes (séparations, pertes). Carla, par exemple, a survécu à un ostéosarcome de la mâchoire et à une séparation douloureuse ; son parcours illustre la double blessure corporelle et relationnelle que peut engendrer la maladie. Rendre ces vécus publics crée une empathie et une identification puissantes parmi les spectateurs.

    Un évènement inscrit dans la Journée internationale de la femme

    Le choix du 6 mars n’est pas anodin : il s’inscrit dans la commémoration de la Journée internationale de la femme, soulignant que la santé féminine, la solidarité et la visibilité des patientes doivent rester des priorités. La municipalité de Pavie soutient l’initiative, donnant une résonance civique à un geste artistique et sanitaire.

    Ce que ce type d’initiative apporte aux proches

  • Reconnaissance sociale : les proches voient la souffrance et la reconstruction mises en lumière, ce qui peut faciliter l’échange et apaiser les non‑dits.
  • Éducation émotionnelle : assister à ces restitutions permet d’apprendre à accompagner mieux, à reconnaître que la guérison est un processus long et non linéaire.
  • Réseau et partage : l’événement peut stimuler la création de communautés de soutien, d’ateliers et d’espaces d’expression pour d’autres survivantes.
  • Une esthétique au service du sens

    Au‑delà du témoignage, « Vestis et Vulnus » pose une réflexion esthétique : comment traduire la souffrance en beauté sans la banaliser ? La réponse tient dans l’équilibre trouvé entre pudeur et franchise, entre mise en scène et vérité nue. La direction artistique met au centre la dignité des protagonistes, évitant tout pathos gratuit pour privilégier la force expressive des corps transformés.

    Un modèle inspirant

    Ce projet montre que la culture et l’art peuvent être des leviers puissants de résilience et de reconnaissance. En donnant la parole aux femmes elles‑mêmes, en valorisant leurs métamorphoses, « Vestis et Vulnus » propose une manière positive de repenser la survivance : non pas comme un retour à l’état antérieur, mais comme une transition vers une identité réinventée. Pour toutes celles qui traversent ou ont traversé la maladie, c’est une invitation à témoigner, à créer et à reprendre possession de leur récit.

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