La 80e édition du Premio Strega se déroulera sous le signe du changement et de l’élargissement : pour la première fois depuis des décennies, la traditionnelle « cinquina » des finalistes laisse place à une « sestina » — six romans sélectionnés — en conformité avec les nouvelles règles qui favorisent la présence d’au moins un petit ou moyen éditeur parmi les finalistes. L’annonce, faite à l’amphithéâtre romain de Bénévent, révèle non seulement des choix littéraires marquants mais aussi une volonté institutionnelle de diversifier le paysage éditorial italien.

Les six romans finalistes : un mélange d’habitués et de surprises

Voici la liste des œuvres retenues pour la phase finale, classées selon le nombre de voix reçues lors de la « dozzina » :

  • I convitati di pietra de Michele Mari (Einaudi) — présenté par Vittorio Lingiardi — en tête avec 280 voix ; déjà lauréat du Strega Giovani.
  • Platone. Una storia d’amore de Matteo Nucci (Feltrinelli) — présenté par Giancarlo De Cataldo — 242 voix.
  • La sonnambula de Bianca Pitzorno (Bompiani) — présenté par Roberta Mazzanti — 195 voix.
  • Donnaregina de Teresa Ciabatti (Mondadori) — présenté par Roberto Saviano — 184 voix.
  • Lo sbilico d’Alcide Pierantozzi (Einaudi) — présenté par Donatella Di Pietrantonio — 170 voix.
  • Vedove di Camus d’Elena Rui (L’Orma) — présenté par Lisa Ginzburg — 163 voix.
  • La présence d’un titre issu d’un éditeur plus modeste — L’Orma — illustre l’effet recherché : ouvrir la compétition à des voix qui ne bénéficient pas toujours des circuits de distribution et de promotion des grands groupes éditoriaux. Le choix de la « sestina » répond donc à un double objectif : conserver la qualité littéraire tout en offrant une vitrine élargie aux éditeurs indépendants.

    Pourquoi ce changement de format ?

    Le Strega n’est pas seulement un prix littéraire ; il est un instrument culturel d’influence. En modifiant la composition des finalistes, le comité entend favoriser la pluralité éditoriale et donner un signal fort au marché : l’excellence littéraire ne se résume pas aux catalogues des grandes maisons. Cette évolution structurelle répond aussi à des impératifs contemporains — diversité des voix, renouvellement des publics, internationalisation — et à une demande sociale plus large de représentativité.

  • Objectif culturel : soutenir l’écosystème éditorial dans sa diversité.
  • Objectif stratégique : renforcer l’attractivité du prix à l’international et renouveler son audience.
  • Les favoris et les enjeux littéraires

    Michele Mari, en tête des voix, apparaît comme le grand favori, porté par une oeuvre qui a déjà séduit le public jeune (le Strega Giovani) et les cercles critiques. Matteo Nucci et Bianca Pitzorno, respectivement chez Feltrinelli et Bompiani, représentent la puissance des éditeurs historiques. Teresa Ciabatti, soutenue par la notoriété de Roberto Saviano, conforte la présence de romans à forte résonance sociale. Enfin, Alcide Pierantozzi et Elena Rui incarnent la diversité stylistique et thématique du palmarès.

  • Équilibre : auteurs connus vs auteurs émergents.
  • Thématiques : amour, mémoire, enjeux sociaux, trajectoires intimes — un reflet de la littérature italienne contemporaine.
  • Le calendrier et la finale à Rome

    La révélation du lauréat est fixée au 8 juillet, une soirée de prestige qui retourne cette année au cœur symbolique de Rome — la place du Capitole — après de nombreuses éditions en d’autres lieux. Le choix d’un cadre aussi solennel souligne l’exception culturelle du Strega et annonce une cérémonie largement suivie : diffusion télévisée et couverture sociale permettront de donner une large audience aux finalistes, favorisant rencontres et traductions à l’étranger, notamment au Mexique où des événements sont prévus.

  • Date clé : 8 juillet, annonce du vainqueur.
  • Lieu : place du Capitole — geste symbolique renforçant le lien du prix avec Rome.
  • Ce que cette « sestina » dit du marché éditorial

    Le fait qu’un éditeur indépendant comme L’Orma figure parmi les finalistes est révélateur : la chaîne du livre se réinvente, les lecteurs recherchent des voix singulières, et les jurys veulent valoriser l’inventivité littéraire au-delà de la capacité promotionnelle des grandes maisons. Pour les autrices et auteurs, cette évolution représente un espoir : l’accès à une visibilité majeure et à des traductions qui changent une carrière.

  • Impact pour les éditeurs indépendants : visibilité renforcée, opportunités d’exportation.
  • Impact pour les auteurs : possibilité d’un « effet Strega » positif sur les ventes et les traductions.
  • À quoi les lectrices et lecteurs peuvent s’attendre

    La confrontation finale promet d’être riche, alliant œuvres de haute tenue littéraire et voix nouvelles. Pour notre lectorat, amateur de lectures exigeantes comme de découvertes surprenantes, la « sestina » offre un panorama stimulant : des pages à savourer tout l’été, en attendant la désignation qui, année après année, continue de dessiner les contours de la littérature italienne contemporaine.

  • Conseil lecture : profiter des mois à venir pour découvrir chacun des six finalistes.
  • Événement à suivre : la soirée du 8 juillet, retransmise et commentée, un rendez‑vous culturel à ne pas manquer.
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