Une exposition incontournable jusqu’au 7 septembre à Turin
Si vous n’avez pas encore réservé votre visite aux Gallerie d’Italie de Turin, vous courez un risque : Carrie Mae Weems: The Heart of the Matter ferme ses portes le 7 septembre. Voici pourquoi il faut se dépêcher d’explorer cette rétrospective majeure, qui offre un panorama complet de l’une des voix les plus influentes de l’art contemporain.
Un parcours artistique riche et engagé
Née en 1953 à Portland, Oregon, Carrie Mae Weems a consacré sa carrière à déployer une réflexion profonde sur l’identité, la race, le genre, la classe sociale et les stéréotypes. À travers la photographie, la vidéo, l’installation, le texte et la performance, elle tisse un discours fort sur l’expérience afro-américaine et le vécu des femmes. L’exposition torinoise présente plusieurs jalons clés de son œuvre :
Kitchen Table Series (1990) : cette série emblématique met en scène l’artiste autour d’une table familière, explorant les dynamiques intimes et les enjeux de pouvoir au sein du foyer.
Preach : projet commandé par Intesa Sanpaolo, Preach révèle la spiritualité afro-américaine dans ses lieux de culte, photographiés en noir et blanc, accompagnés de textes poétiques.
The Shape of Things (2021) : œuvre vidéo immersive mêlant images d’archives et nouvelles séquences, célébrant la résilience et la force de la communauté noire.
Entre austérité et effets pop
En ouvrant la porte de l’exposition, on est d’abord frappé par la mise en scène audacieuse voulue par Carrie Mae Weems. Si les contenus portent une gravité cérémonielle – églises, prêches, moments de recueillement –, l’artiste juxtapose un habillage pop coloré qui crée un décalage stimulant :
Les tirages noir et blanc sont intégrés dans des modules lumineux et chromatiques, évoquant à la fois le respect du sujet et la modernité du regard.
Les textes poétiques, disposés en lettres cursives au-dessus des images, font office de prière ou de manifeste, renforçant l’impact émotionnel.
Les vidéos en boucle diffusent une bande-son gospel, immergeant le visiteur dans une dimension sonore et spirituelle.
Une œuvre au cœur des débats contemporains
L’engagement politique de Weems transparaît dans chaque section de la rétrospective. Ses créations questionnent :
La représentation du corps noir : en se mettant souvent en scène, Weems affirme l’autonomie et la dignité d’un corps longtemps objet de représentation extérieure.
L’écho des voix féminines : son travail revisite l’histoire des femmes afro-descendantes, leur combat pour la reconnaissance et l’égalité.
Les mécanismes du pouvoir : de la domesticité aux manifestations religieuses, chaque image pointe un rapport de force, un enjeu social à décrypter.
Le rôle de muse et d’alter ego
Dans ses œuvres, Carrie Mae Weems se désigne elle-même comme « muse » et « alter ego », instaurant une proximité rare entre l’artiste et son public :
Son visage, souvent photographié de profil ou en gros plan, devient le porte-voix des communautés qu’elle porte à l’écran.
Ses mises en scène conjuguent intimité et portée universelle, mêlant récit autobiographique et regard sociétal.
Ce double rôle renforce l’authenticité de son propos : elle incarne et documente, pour mieux transmettre.
Sarah Meister, la curatrice visionnaire
La scénographie confiée à Sarah Meister, directrice du département de photographie au Museum of Modern Art (MoMA) à New York, offre un fil rouge solide :
Une chronologie fluide permet au visiteur de suivre l’évolution thématique et esthétique de Weems depuis les années 1990.
Les grands formats dialoguent avec des tirages intimistes, invitant tour à tour à la contemplation et à la réflexion.
Le parcours s’achève sur une salle immersive, où vidéo et son se superposent pour une expérience sensorielle intense.
Pratique de la visite
Pour tirer le meilleur parti de cette exposition :
Prévoyez au moins 1h30 de visite, le temps de lire les textes et d’observer chaque détail.
Téléchargez l’audioguide disponible sur l’application des Gallerie d’Italie, pour enrichir votre regard avec des commentaires exclusifs.
Réservez votre billet en ligne afin de choisir le créneau le plus calme et d’éviter la foule.
Une rétrospective à ne pas manquer
Au-delà d’une simple exposition, The Heart of the Matter est un moment de dialogue avec l’un des grands maîtres de la photographie et de l’art engagé. Il nous traverse, bouscule nos certitudes et ouvre la porte à des conversations essentielles sur la mémoire, l’identité et la lutte pour l’égalité. Ne laissez pas passer cette chance, l’exposition se termine le 7 septembre.