Sophia Loren à Cortina 1956 : quand une jeune diva illumina les premières Jeux olympiques d’hiver en Italie
En janvier‑février 1956, Cortina d’Ampezzo accueille la septième édition des Jeux olympiques d’hiver et, parmi la neige et les compétitions, apparaît une figure qui marquera les mémoires : Sophia Loren, alors âgée de 22 ans à peine. Sa présence, filmée et photographiée à l’excès, symbolise un tournant. Ce n’est pas seulement le glamour qui captive : c’est l’image d’une Italie qui se modernise, se met en lumière et commence à faire une place — timide mais réelle — aux femmes dans l’espace public. Retour sur cet épisode fascinant où sport, société et culture se rencontrent.
Une arrivée en fanfare : l’icône en devenir
Arrivée à Cortina avec « sept malles rouge feu et trois valises en daim », Sophia Loren incarne à la fois la star émergente du cinéma italien et le nouvel horizon d’un pays qui veut rayonner. Photographe et journalistes la suivent partout : sur les gradins, dans les bars, parmi la foule. On la surnomme vite « l’olympionique de la beauté ». Cette visibilité médiatique dépasse la simple présence d’une actrice ; elle transforme la perception des Jeux et crée un pont entre sport et culture populaire.
Des femmes partout, pour la première fois visibles
Si les athlètes féminines restent minoritaires — 146 femmes sur 924 participants — les Jeux de Cortina 1956 représentent néanmoins une première : de nombreuses femmes trouvent une visibilité sociale nouvelle. Parmi elles, on retrouve des traductrices, des speakerines, des hôtesses de cérémonie, des journalistes (comme Giovanna Mariotti, la première chroniqueuse italienne accréditée), des étudiantes recrutées pour l’accueil, et des bénévoles locales. Ces rôles, parfois décriés à l’époque comme « secondaires », offrent pourtant des opportunités inédites pour des femmes instruites et capables de dialoguer avec des délégations internationales.
Les athlètes : des trajectoires pionnières
Sur le plan sportif, les résultats italiens sont modestes : aucune médaille féminine, trois médailles pour l’Italie au total (toutes en bob masculin). Pourtant, les performances des femmes ouvrent la voie : des noms comme Margherita Bottero (ski de fond) ou Carla Marchelli (pionnière du ski alpin féminin) marquent l’histoire. Leur participation contribue à poser les fondations d’un mouvement sportif féminin qui s’amplifiera dans les décennies suivantes.
Un gala pour un pays qui se renouvelle
La soirée de gala organisée pour les invités — parmi lesquels des membres de familles royales, des princes et des célébrités internationales — est un spectacle de luxe et d’élégance : visons, fourrures, bijoux, tubino noir et personnalités du monde entier. Ce déploiement de faste contraste avec la vie quotidienne de nombreuses femmes locales, dont certaines sont encore confondues dans des rôles traditionnels. Mais pour la première fois, ces mêmes femmes se retrouvent au cœur d’un événement global, participant à la logistique, à l’accueil et à l’organisation.
Des témoignages qui saisissent l’époque
Les témoignages compilés par des historiennes du sport mettent en lumière des récits brillants : la « sciatrice‑ouvrière » qui gagne quelques instants de reconnaissance, la traductrice universitaire propulsée sur la scène internationale, la monteuse du docufilm Vertigine Bianca participant à la réalisation d’un témoin visuel unique. Ces histoires révèlent à quel point les Jeux furent un microcosme d’émancipation naissante.
Un regard féminin sur l’événement
Le livre documenté d’Antonella Stelitano et Adriana Balzarini, qui recompose ces trajectoires, montre que Cortina 1956 n’est pas seulement une succession d’exploits sportifs, mais une collection de récits humains où les femmes jouent un rôle central, même s’il fut longtemps minoré dans les archives officielles. L’importance de ces témoignages réside dans la reconnaissance des fonctions diverses — communicantes, techniques, médiatiques — que les femmes ont remplies et qui ont permis le succès logistique et symbolique des Jeux.
Ce que cela nous rappelle aujourd’hui
En 2026, alors que Milan‑Cortina célèbre une nouvelle édition, regarder en arrière vers 1956 permet de mesurer le chemin parcouru. On y décèle le point de départ d’une transformation sociale progressive : la visibilité, la compétence et l’engagement des femmes lors d’un événement international furent de puissants catalyseurs. Pour nos lectrices, ces histoires sont une invitation à reconnaître et valoriser les rôles souvent discrets mais indispensables que les femmes ont toujours joués — dans le sport comme ailleurs.
Des images qui traversent le temps
Les photographies d’époque — Sophia Loren souriante sur les gradins, les jeunes filles en costume ampezzan remettant des prix, les journalistes au travail — continuent de fasciner. Elles nous offrent non seulement une esthétique vintage, mais surtout un récit : celui d’un pays en mutation où les femmes, en s’affirmant peu à peu, contribuent à réinventer l’espace public et culturel. À travers ces images, on lit une histoire de progrès, de rencontres et de petites révolutions quotidiennes.


