Sur la scène de l’Ariston, Serena Brancale a offert l’un de ces moments de Sanremo qui restent gravés : une performance intime et puissante de « Qui con me », chanson qu’elle a écrite pour sa mère Maria, musicienne italo‑vénézuélienne disparue prématurément il y a cinq ans. Dans une édition du festival marquée par les hommages et les retrouvailles, la prestation de la chanteuse pugliese — deuxième participation consécutive — a touché le public et la critique, renforçant sa position parmi les favorites selon les bookmakers.

Une lettre mise en musique

« Qui con me » est d’abord une lettre d’amour mise en musique. Serena confie avoir attendu six ans pour trouver les mots justes. Le résultat est une ballade où la voix, ample et nuancée, dialogue avec un arrangement qui mêle influences jazz et sensibilité pop. Les paroles, adressées à la mère, oscillent entre le souvenir concret et la présence ressentie : « Je te sens complice… après plus de cinq ans, maman, je me suis décidée à t’écrire cette lettre ». Cette approche intime donne à la chanson une intensité qui n’a rien d’artificiel : on sent une nécessité de dire et de partager.

Une interprétation qui impose

Sur le plan vocal, Serena Brancale a démontré une maîtrise remarquable : tenue des notes, phrasé, contrôle du vibrato, mais aussi capacité à faire croître l’émotion sans dramatiser. La mise en scène, sobre, laissait la place au crescendo musical et à la voix, tandis que la présence sur scène de sa sœur Nicole, à la direction de l’orchestre, ajoutait une dimension familiale et porte‑bonheur à la performance. Le public a longuement ovationné la chanteuse, et la chanson a rapidement trouvé son public parmi les téléspectateurs et les professionnels.

Récompense littéraire et reconnaissance

Le texte de « Qui con me » a d’ores et déjà été distingué par le prix Lunezia pour la valeur musical‑littéraire, qui a salué « l’œuvre pour son pathos et la centration des mots ». Le jury a relevé cette capacité rare à conjuguer émotion et écriture musicale structurée : « mère et fille ont les mêmes cellules », a souligné le patron du prix, rappelant la profondeur de la relation thématisée par la chanson.

Une trajectoire artistique cohérente

Serena Brancale, qui mêle héritage jazz et influences contemporaines, confirme avec cette chanson son positionnement artistique : une artiste qui privilégie l’authenticité, la qualité d’écriture et la voix comme instrument premier. Sa double culture — italienne par ses racines et latino par héritage familial — transparaît dans une palette de couleurs sonores qui enrichit ses compositions et lui donne une singularité appréciée du public du festival.

Impact médiatique et pronostics

Favorita dai bookmakers, la chanteuse figure déjà parmi les postulantes crédibles pour la victoire finale. Au‑delà du palmarès, l’effet immédiat est éditorial et commercial : « Qui con me » bénéficie d’une visibilité maximale, et la récompense Lunezia renforce son statut d’œuvre à la fois populaire et soignée sur le plan littéraire. Pour une artiste, Sanremo demeure un accélérateur de carrière — podium d’exposition, mais aussi test de pérennité artistique face à un public large.

Le rôle du lien familial sur scène

La présence de Nicole, la sœur de Serena, à la tête de l’orchestre n’est pas un détail anecdotique : elle incarne un rituel de protection et de complicité. Serena l’explique elle‑même comme un porte‑bonheur, une personne « qui ne pouvait pas manquer » pour un morceau aussi intime. Ce choix de mettre sa famille au cœur de la représentation renforce l’impact émotionnel et offre un récit puissant aux téléspectateurs — celui d’une artiste qui chante pour soigner un manque et célébrer une présence au‑delà de la disparition.

Ce que ce moment dit des tendances musicales

La réussite de « Qui con me » témoigne d’une tendance : le public de Sanremo répond lorsqu’une chanson conjugue authenticité, écriture soignée et interprétation vocale solide. Dans un univers parfois dominé par la recherche du hit instantané, la victoire de la sensibilité travaillée montre que la profondeur narrative et la maturité artistique trouvent encore leur place dans les grands shows populaires.

Que retenir pour les lectrices de Terra‑Femme ?

  • La force d’une création qui naît du vécu : attendre le bon moment pour écrire peut transformer le matériau intime en art universel ;
  • L’importance de la voix comme vecteur principal d’émotion : technique et vérité expressive vont de pair ;
  • La familialisation de l’art : intégrer ses proches dans le processus scénique peut rendre une performance plus honnête et plus touchante ;
  • La reconnaissance littéraire d’une chanson pop : prix et trophées confirment la valeur d’un texte bien écrit et donnent de la légitimité à l’œuvre.
  • Avec « Qui con me », Serena Brancale a su créer une parenthèse de vérité au cœur d’un festival qui aime les éclats. Son geste artistique, à la fois fragile et déterminé, révèle combien la scène peut être un lieu de réparation et de célébration. Pour beaucoup, cette chanson restera l’un des instants les plus émouvants de cette édition.

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