Le dernier rapport PISA de l’OCDE sonne comme une alerte globale : sur l’ensemble des pays évalués, les performances des quinze‑ans reculent significativement en lecture et en mathématiques. Pourtant, l’Italie se détache et résiste : ses élèves tiennent — voire progressent — sur certains indicateurs, et, nouveauté majeure, l’écart de genre en sciences s’est résorbé pour la première fois. Comprendre ce paradoxe aide à saisir ce qui marche dans certaines écoles et ce qu’il faudrait protéger et étendre.

Un recul généralisé, des causes multiples

Le rapport PISA 2026 est le plus vaste jamais réalisé : 760 000 élèves dans 91 pays. Le constat est sombre au niveau de l’OCDE : la lecture a perdu 28 points en dix ans, la mathématique 22 points. Aujourd’hui, un quinquagénaire sur cinq ne parvient plus au niveau minimum dans les trois domaines évalués (lecture, mathématiques, sciences), contre 16 % en 2022. L’OCDE pointe trois facteurs convergents : une exposition accrue aux écrans, une baisse du temps consacré à la lecture pour le plaisir et des relations école‑famille fragilisées post‑pandémie.

L’Italie fait exception : où sont les points forts ?

Sur la plupart des indicateurs, l’Italie n’a pas cédé au mouvement de recul. En lecture, les élèves italiens obtiennent 474 points contre 461 pour la moyenne OCDE ; en mathématiques, 468 points contre 463 ; en sciences, 483 contre 482. Ce sont des résultats notables : la progression en lecture est la meilleure des vingt‑cinq dernières années et place même l’Italie devant des systèmes considérés comme exemplaires. Ces chiffres indiquent que certaines pratiques éducatives italiennes portent encore leurs fruits.

Le signe le plus significatif : la disparition de l’écart de genre en sciences

La donnée la plus frappante est la réduction — jusqu’à la disparition — du fossé entre filles et garçons en sciences. Historiquement, les filles en Italie obtenaient de moins bons résultats en sciences en raison de biais culturels et d’attentes genrées. Cette année, les filles ont gagné 11 points en moyenne, alors que les garçons sont restés stables, annulant l’écart. C’est un changement socio‑éducatif important : il suggère que les stéréotypes se fissurent et que les actions menées pour promouvoir la participation des filles aux disciplines scientifiques commencent à porter.

Mais les inégalités sociales restent le talon d’Achille

Malgré ces bonnes nouvelles, l’Italie n’est pas à l’abri des fractures. L’inégalité socio‑économique demeure le déterminant le plus lourd : l’écart de performance entre élèves issus de milieux favorisés et ceux issus de milieux fragiles atteint 80 points en sciences et environ 79 points en lecture et en mathématiques — soit plus d’un niveau de compétence. Autrement dit, le système scolaire italien parvient à maintenir des standards, mais il n’est pas encore parvenu à corriger les effets massifs de l’origine sociale.

Le rôle ambigu des nouvelles technologies et de l’IA

Le rapport inclut pour la première fois une mesure de l’usage des chatbots : la moitié des jeunes Italiens utilise un chatbot au moins une fois par semaine. Si 39 % l’emploient pour chercher des informations, 36 % pour résumer des textes et 30 % pour rédiger des devoirs, l’OCDE alerte : un usage intensif sans cadre pédagogique rigoureux est corrélé à de moins bons résultats. La technologie peut renforcer l’apprentissage — à la condition d’être intégrée de manière critique et structurée. Les systèmes scolaires performants (comme à Singapour ou Macao) montrent que l’IA doit être un outil guidé par des objectifs d’apprentissage précis, et non un substitut à l’effort et à la compréhension.

Ce que font bien certaines écoles italiennes

  • Insister sur la lecture profonde : encourager des temps de lecture prolongés favorise la compréhension et l’esprit critique.
  • Projets pédagogiques concrets : les activités qui lient théorie et pratique (laboratoires, projets pluridisciplinaires) font progresser en sciences.
  • Soutien ciblé aux élèves fragiles : tutorat, heures de récupération et programmes d’accompagnement réduisent l’écart quand ils sont bien financés.
  • Promotion active de l’égalité de genre : encouragements, modèles et orientations sans préjugés ouvrent les disciplines scientifiques aux filles.
  • Les risques si l’on reste passif

    La tendance mondiale montre que, sans politiques volontaristes, la qualité de l’apprentissage se dégrade. L’isolement scolaire post‑pandémique, l’emprise des écrans et l’utilisation non critique d’outils numériques renforcent des comportements de « lecture rapide » et de consommation superficielle de l’information. L’OCDE rappelle que savoir lire, comprendre, vérifier et recouper des informations est désormais central pour résister à la désinformation et pour utiliser correctement les productions de l’IA.

    Quelles priorités pour les familles et les politiques ?

  • Redonner du temps à la lecture et aux activités qui demandent concentration et patience.
  • Former les enseignants à l’intégration pédagogique des outils numériques et à la détection des usages problématiques.
  • Renforcer les dispositifs de soutien aux élèves défavorisés pour réduire la fracture socio‑économique.
  • Poursuivre les actions qui ont permis de réduire l’écart de genre en sciences : orientation, role models, ateliers pratiques ciblés.
  • Et dans la vie quotidienne des parents ?

    Encourager la lecture pour le plaisir, limiter le temps « passif » d’écran et valoriser les démarches d’analyse critique aideront les enfants à développer des compétences essentielles. Favoriser des conversations sur l’information, demander à l’enfant d’expliquer ce qu’il a lu ou appris, et l’impliquer dans des activités pratiques ou expérimentales peut renforcer durablement sa compréhension.

    Le rapport PISA dessine un monde scolaire en tension : dégradation générale, usage massif des technologies sans filet pédagogique, mais aussi des poches de résilience — et l’Italie en offre un exemple. Pour transformer ce constat en opportunité, il faut conjuguer politiques publiques ambitieuses, pratiques scolaires réfléchies et engagement familial. Ce sont ces alliances, discrètes mais puissantes, qui feront reculer la médiocrité et élargiront les chances de réussite pour toutes et tous.

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