« Dalla testa ai piedi » : quand le corps devient œuvre — Botero, De Chirico et 50 pièces à Capena

Jusqu’au 11 septembre 2027, l’Art Forum Würth de Capena, près de Rome, fête son vingtième anniversaire avec une exposition ambitieuse et généreuse : « Dalla testa ai piedi. Il corpo nella Collezione Würth ». Plus de cinquante œuvres, réalisées entre 1888 et 2020, explorent le thème du corps sous toutes ses facettes — comme volume, icône, récit — et réunissent des artistes majeurs tels que Fernando Botero, Giorgio de Chirico, Andy Warhol, Jean (Hans) Arp, Jan Fabre, Alex Katz, Arnulf Rainer ou Marc Quinn. Cette collecte, hébergée par l’une des quinze structures d’exposition du groupe Würth en Europe, affirme une fois de plus la volonté d’un grand mécénat de rendre l’art accessible et vivant.

Un parcours structuré en cinq zones thématiques

La commissaire Valentina Spagnuolo et l’équipe de l’Art Forum ont articulé l’accrochage autour de cinq axes, chacun proposant une lecture différente du corps :

  • le corps comme force originelle et énergie régénératrice (où l’on retrouve des œuvres de Jean Arp, Ugo Dossi, Marc Quinn) ;
  • le corps comme volume et sculpture, évoquant la plastique et les formes chez Botero ;
  • le corps comme icône et symbole, domaine où De Chirico et certains portraits d’Andy Warhol donnent à voir la face mythique et médiatique de la figure humaine ;
  • le corps comme récit et mémoire, galerie de visages et d’histoires individuelles ;
  • le corps en mouvement, corps‑objet et corps‑performance, avec des pièces contemporaines interrogeant la relation au spectateur.
  • Cette structuration permet au visiteur d’aborder la thématique sans didactisme excessif : chaque zone évoque un état, une posture du corps, une histoire esthétique différente tout en maintenant une unité réflexive forte.

    Botero et De Chirico : deux sensibilités pour une même question

    Choisir l’image d’« Adam et Ève » de Botero comme symbole de la manifestation n’est pas anodin. La volumétrie botérienne fait du corps un paysage, une topographie qui dit autant de la chair que du regard posé sur elle. À l’opposé, la peinture métaphysique de De Chirico introduit le mystère et la distance : le corps y est parfois absent, transformé en icône ou en figure d’un récit plus vaste — on pense aux mannequins et aux places désertes où la présence humaine est suggérée plutôt que représentée.

    Dans le parcours, ces deux approches se répondent : le corps massif, presque souriant chez Botero face au corps‑signe de De Chirico, invitent à penser la corporeité comme objet plastique autant que comme porteuse de symboles et d’histoires.

    Une collection d’entreprise au service de la cité

    L’Art Forum Würth Capena illustre un modèle de musée d’entreprise : la collection Würth, riche aujourd’hui de plus de 21 000 œuvres, est majoritairement consacrée à l’art contemporain et est rendue accessible gratuitement au public. Le lieu fonctionne comme un pont entre le monde professionnel et les citoyens : expositions, programmes éducatifs, visites scolaires — le site a déjà accueilli plus de 200 000 visiteurs depuis son ouverture.

    Ce positionnement mérite d’être salué : il montre comment le patrimoine artistique peut être mis au service d’un enrichissement collectif, et comment les collections d’entreprise peuvent nourrir une politique culturelle inclusive, loin des codes élitistes habituels.

    Ce qui fait l’intérêt de l’exposition pour les visiteuses

  • La diversité des époques : du XIXe au XXIe siècle, le corps est regardé sous des prismes différents offrant une riche perspective historique.
  • La pluralité des techniques : peinture, sculpture, installations et œuvres multimédias permettent une lecture sensorielle et intellectuelle du thème.
  • L’accessibilité : gratuité et programmation pédagogique ouvrent la visite aux familles et aux écoles.
  • La mise en regard d’artistes célèbres et d’auteurs contemporains moins connus, stimulant la découverte.
  • À voir et à expérimenter : quelques œuvres‑phare

    Outre l’Adam et Ève de Botero, le parcours propose des pièces marquantes de De Chirico et des propositions plus récentes comme les travaux de Marc Quinn, qui interrogent le corps entre biologie et sculpture. Des installations performatives et des travaux vidéo offrent, quant à eux, une approche vivante et parfois dérangeante de la corporalité, incitant à la réflexion sur l’identité, la représentation et la vulnérabilité du corps humain.

    Pratiques et conseils pour profiter de la visite

  • Prévoyez au moins une à deux heures pour parcourir l’ensemble : l’exposition s’organise en zones et mérite d’être appréhendée sans hâte.
  • Consultez le programme d’activités parallèles : conférences, visites guidées et ateliers sont régulièrement proposés et enrichissent l’expérience.
  • Profitez de la gratuité : l’accès libre permet de revenir, d’approfondir ou d’emmener des proches pour partager la découverte.
  • Un lieu qui interroge notre rapport au corps

    « Dalla testa ai piedi » n’est pas seulement une sélection d’œuvres autour d’un thème ; c’est une invitation à repenser le corps, dans sa pluralité d’expressions, de la beauté au grotesque, de l’intime au monumental. En croisant moderne et contemporain, classique et expérimental, l’Art Forum Würth Capena propose une lecture riche et nuancée du corps, à voir et revoir, pour qui veut interroger le sens et l’image du corps dans l’art et dans nos vies.

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